Accueil Compte

Mon compte

Les ResDur à la rescousse du vignoble

Par Loïc Le Métayer, publié le 20/01/2024

9315619f1af95cc2d1d253c72d0144d7.png
© C. Schneider - INRA
Un cépage hybride créé par l'INRAE : le floreal.

On entend de plus en plus parler des cépages hybrides, supposés plus robustes et plus tenaces face aux ennemis de la vigne. Parlons Crus est allé infiltrer l’INRAE pour comprendre comment ils ont été créés. À l’avenir, vous risquez de plus en plus de retrouver ces super-héros dans vos bouteilles.

Les impératifs de protection de l’environnement - et aussi un peu la pression du public, soyons francs – poussent de plus en plus de vignerons à limiter leur utilisation de produits phytosanitaires, surtout ceux d’origine chimique. Parmi les alternatives possibles, l’INRAE travaille depuis plus d’une vingtaine d’années sur de nouveaux cépages qui résistent bien à diverses maladies. Ces nouveaux venus sont des hybrides entre les vignes européennes et d’autres espèces américaines ou asiatiques, qui permettront potentiellement une baisse conséquente de l’utilisation de pesticides.

Pour comprendre où en étaient ces travaux, nous sommes allés récolter des infos auprès de trois chercheurs.
Éric Duchêne et Vincent Dumas travaillent tous deux à l’unité Santé de la vigne et qualité du vin de l’INRAE de Colmar, le premier en tant que directeur, le second en charge des évaluations et des dossiers d’autorisation des nouvelles variétés. Leur unité est à l’origine de la création des cépages résistants du programme ResDur (décrit plus bas).
Laurent Deliere travaille depuis 23 ans à l’INRAE, sur la protection du vignoble. Après des premières recherches sur les fongicides, il opère aujourd’hui sur la phase de tests des cépages résistants, soit l’étape qui suit leur création. Il anime aussi la filière vigne du réseau DEPHY, une action gouvernementale qui vise à tester puis déployer des solutions pour réduire l’utilisation de pesticides.

Créer, croiser, tester, valider… jusqu’à la mise en production, il y a tout un parcours assez complexe. Alors allons-y pas-à-pas.

Comment augmente-t-on la résistance d’un cépage à une maladie ?

La vigne européenne cultivée pour produire du vin, Vitis vinifera, est sensible à plusieurs types de maladies. Sur d’autres continents, certaines espèces de vigne sauvage (qui produisent du vin bien moins sympa) ont co-évolué avec ces maladies et s’en défendent mieux. On est donc allé farfouiller dans leurs chromosomes pour essayer d’y déceler ce qui leur permet de se battre plus efficacement contre virus, champignons ou insectes.
Pour deux maladies en particulier, le mildiou et l’oïdium, on a trouvé des régions du génome qui amènent une résistance forte. Ne reste plus qu’à intégrer ces gènes à Vitis vinifera.

Mildiou sur une feuille de vigne
© INRA
Oïdium sur grappe
© CC BY-SA 3.0

Alors les cépages résistants sont des OGM !

Non, les biologistes de l’INRAE n’ont pas joué au Lego avec l’ADN de la vigne dans un laboratoire mais ont simplement croisé les espèces. "C’est vraiment à l’ancienne : on dépose du pollen sur du pistil, puis on fait germer les pépins des baies de raisin", précise Laurent Deliere.

Article réservé aux abonnés

Je m'abonne